Ce matin, je n’étais absolument pas sortie pour cueillir des violettes. Rien n’était prévu, je descendais juste au marché quand j’ai aperçu des nombrils de Vénus sur le mur. Je me suis arrêtée et, comme toujours avec les plantes, on regarde une seconde… puis on reste un peu plus longtemps que prévu. J’en ai cueilli quelques-uns et, en remontant, je me suis dit que j’en ferais bien des toasts. Alors je suis passée par le jardin pour prendre deux ou trois fleurs de romarin pour aller avec. Et là… je suis tombée sur les violettes.
Au début une poignée, puis encore quelques-unes. Et sans trop m’en apercevoir, trois quarts d’heure plus tard, je me retrouvais avec un saladier entier rempli de petites fleurs mauves entre les mains. On pense faire un geste précis, et la nature nous emmène ailleurs.
Ça m’a fait sourire par rapport au post que je vous ai partagé ce matin. Parce qu’au fond, ce que je faisais là, cueillir des plantes, les manger, les faire infuser, a longtemps été mal perçu. Pas la violette elle-même bien sûr, mais les personnes qui savaient utiliser les plantes pour se soigner, préparer des tisanes, faire des cataplasmes ou transmettre ces gestes librement. Aujourd’hui on appelle ça naturel, bien-être ou approche holistique. Avant, c’était simplement un savoir populaire… parfois regardé de travers. Rien de comparable évidemment, on ne brûle plus personne, mais sortir du cadre continue encore parfois d’interroger.
Et pourtant la violette est probablement l’une des plantes les plus simples qui soient. Derrière sa beauté, elle accompagne les petits maux du quotidien depuis très longtemps. On la donnait quand la gorge commençait à gratter ou que la toux s’installait, parce qu’infusée elle adoucit et apaise. Elle agit doucement, sans brutalité, ce qui la rend précieuse pour les refroidissements qui traînent. On l’utilisait aussi pour calmer les corps fatigués, en bain ou en cataplasme elle soulage les tensions et sa légère action sudorifique accompagne les états fébriles. Le soir, une tisane aide à relâcher la nervosité et favorise l’endormissement, surtout chez les personnes sensibles. Elle soutient aussi la digestion et accompagne l’élimination naturelle. Rien de spectaculaire, simplement une plante qui aide le corps à faire ce qu’il sait déjà faire.
Mais cueillir n’est jamais anodin. À force de me voir rentrer avec des plantes, on pourrait croire que c’est instinctif. En réalité, ça ne l’est pas du tout. Avant d’aller ramasser seule, j’ai participé à plusieurs ateliers, appris à observer, comparer, douter aussi et surtout à vérifier. Encore aujourd’hui, je m’appuie sur des supports fiables : le livre Récolter les jeunes pousses de Gérard Ducerf m’accompagne régulièrement et, à mes débuts, j’utilisais beaucoup l’application PlantNet pour confirmer mes identifications. Ce sont de bons outils pour apprendre, mais ils ne remplacent jamais la prudence ni le temps passé à reconnaître une plante sous toutes ses formes. Cueillir, ce n’est pas seulement prendre dans la nature, c’est connaître ce que l’on met dans son assiette.
Je l’utilise fraîche dans les salades, en infusion ou simplement posée sur un toast, parce qu’en plus de ses bienfaits elles aussi jolie. En réalité, rien d’exceptionnel, juste une fleur, une entrée ou une tasse chaude, et un geste ancien qui continue tranquillement d’exister.
Je pensais aller au marché, mais au final je suis rentrée avec des violettes… et l’envie de vous en parler.

