Plume et feuille en forme de cœur, signes de défunts à Samhain, posées près d'une pierre de sorcière

Samhain, entre mémoire et petits signes

Samhain, la dernière fête de la roue de l’année

Le 31 octobre, à la tombée de la nuit, c’est Samhain : le dernier sabbat de la roue de l’année, le nouvel an des sorcières. À l’origine, c’est une fête celte qui marquait la fin des récoltes et l’entrée dans l’hiver. Avec le temps, elle s’est mélangée à la Toussaint et à Halloween. Aujourd’hui, dans la Wicca et les traditions païennes, c’est la nuit où l’on ralentit, où l’on regarde le chemin parcouru et c’est aussi le moment où l’on pense à ceux qui nous ont quittés et j’avais envie de vous parler de ces petits signes qu’on a parfois l’impression de recevoir d’eux. Moi, j’ai mis du temps à les reconnaître, je vous raconte.

Quand ma grand-mère m’a guidée sans que je comprenne

Août 2020, ma grand-mère est décédée en avril et avec le contexte de l’époque, nous n’avons pas pu lui faire les obsèques qu’elle méritait. Alors pour son anniversaire, on a décidé de fêter ses 90 ans, pour se retrouver en famille et lui rendre hommage.

À l’époque, je travaillais encore dans l’événementiel, alors on m’a tout naturellement confié l’organisation : « Tu es douée, toi, pour organiser. » Et là, je me suis retrouvée complètement tétanisée. Je ne voulais pas en faire trop, mais je ne savais pas quoi faire. J’ai commencé à écrire un texte : rien ne sonnait juste, tout me semblait faux. Tout le monde savait à quel point j’aimais ma grand-mère : je n’avais pas besoin de grands discours pour le prouver.

Alors j’ai lancé : « Écoutez, on commence par la tenue. Les femmes, vous vous habillez fleuri (elle adorait les vêtements fleuris), les hommes, tee-shirt blanc, et on verra ensuite ! » Comme pour une rentrée des classes, j’avais envie d’une tenue neuve. D’habitude, je serais allée à Cap 3000, mon QG à l’époque, mais ce jour-là, ma voiture a pris une autre direction, comme télécommandée, et m’a déposée devant une petite boutique où je ne serais jamais entrée autrement.

À peine entrée, la vendeuse me demande : « Vous cherchez quelque chose de spécial ? » Et j’ai fondu en larmes, je lui ai tout raconté : ma grand-mère, la journée à organiser, mon impression de ne pas y arriver. Elle m’a regardée et m’a dit : « Je l’ai senti dès que vous êtes entrée. Elle est là, je vois son aile autour de vos épaules. Elle vous protège. »

J’ai acheté une robe dont je n’avais absolument pas besoin. Au moment de payer, j’ai pris une grande inspiration, un énorme soupir, et je me suis sentie plus légère, comme si quelque chose venait de se débloquer. Avec le recul, je me dis que ma grand-mère m’avait envoyée là pour que cette femme me dise de lâcher prise et de me faire confiance.

En rentrant chez moi, tout s’est éclairci. J’ai imprimé des photos de nos fêtes où elle était avec chacun de nous, préparé une playlist de ses chansons préférées de Julio, et j’ai installé le tout dans sa gloriette, l’endroit qu’elle aimait tant. Toute la journée, chacun est venu s’y poser, regarder les photos, écouter la musique, se replonger dans les souvenirs. Pas de grand discours, pas de cérémonie compliquée : juste un endroit où se retrouver autour d’elle, à notre façon. Ça a été bien plus beau que tout ce que j’avais imaginé.

Un flamenco au milieu de l’opéra

Après le décès de ma grand-mère, j’attendais des signes. À part cet épisode, rien. Ça me rendait triste : j’entendais les autres raconter leurs coïncidences troublantes, et moi, rien. Avec le recul, je me demande si je n’attendais pas quelque chose de trop spectaculaire.

Le deuxième est arrivé là où je ne l’attendais pas du tout : à un concert lyrique. Je connaissais bien la chanteuse, on organisait des concerts solidaires ensemble avec mon association. J’étais en terrain connu quand, au milieu des airs d’opéra, deux musiciennes se sont mises à jouer un flamenco. Un flamenco, en plein concert lyrique ! Pour les autres, un simple intermède. Pour moi, un clin d’œil de ma grand-mère, qui était espagnole. J’ai pris ça comme un petit rendez-vous avec elle.

« Mamie, sors de ce corps ! »

Une autre expérience m’a marquée, lors d’une constellation familiale. J’étais dans le rôle de la personne que l’on constelle, et à un moment, elle s’est retrouvée face à sa grand-mère, qui lui a dit des mots d’amour. Je ressentais tout ça avec bien plus d’intensité que la personne concernée. À la fin, chacun a partagé son ressenti en faisant le tour de la salle. Je n’ai pas dit grand-chose, puis on est passés à une deuxième constellation, dans laquelle je ne suis pas du tout entrée. Mon esprit était resté avec ma grand-mère.

Au tour de salle suivant, j’ai pris la parole pour m’excuser : j’étais restée avec la grand-mère de la première. Et quelqu’un a lancé : « Mamie, sors de ce corps ! » Je me suis effondrée en larmes et je me suis mise à raconter ma vie à une dizaine de personnes que je ne connaissais pas.

À la mort de ma grand-mère, j’avais fait un peu n’importe quoi. Incapable d’accepter son départ, je m’accrochais à ses affaires : je passais ses 33 tours de Julio Iglesias en boucle, je portais son peignoir… À tel point que j’ai eu son entité sur moi. Une dame assise à côté de moi m’a demandé son prénom et m’a rassurée : je pouvais continuer à lui parler, penser à elle, allumer une bougie…

À la pause déjeuner, cette même dame est venue me demander comment je me sentais. Bien, justement : je respirais à pleins poumons, chose que je n’avais pas faite depuis longtemps. Elle m’a alors expliqué qu’elle avait fait un petit travail pour moi, elle était passeuse d’âme. Je l’ai remerciée, encore émue, et je suis allée derrière un paravent me préparer une tisane.

Là, quelqu’un lavait une tasse en chantonnant une chanson espagnole. Je me suis figée. Elle a vu ma tête et m’a demandé ce qui se passait. « Pourquoi tu chantes ça ? » Elle ne savait pas, la chanson lui était venue comme ça. On s’est tombées dans les bras en pleurant.

Le lendemain matin, dans ma salle de bain, j’ai mis cette musique à fond « poloponpon » et j’ai crié : « C’est bon, Mamie, message reçu 5/5 ! ».
Je ne sais pas expliquer ce qui s’est passé. Je sais juste que ça m’a bouleversée, et que je me suis sentie bien plus légère après.

Un premier novembre, une plume, un cœur et une pierre de sorcière

Un 1er novembre, je suis partie aux champignons avec mon mari. Autant vous dire qu’on n’en a jamais trouvé ! En revanche, je suis rentrée avec trois trésors : une plume, une feuille en forme de cœur et une énorme pierre de sorcière, une pierre naturellement percée, qui trône depuis devant la maison.
Pour moi, la plume était un message venu de là-haut, le cœur, l’amour de ma grand-mère, et la pierre, sa protection. D’ailleurs, pour cette pierre, j’ai vraiment eu l’impression d’être télécommandée, comme si quelque chose me guidait, d’un seul coup, je pars sur ma gauche, je m’enfonce dans la forêt, puis je bifurque à droite et je tombe dessus, comme si je devais la trouver à cet endroit précis.
Je sais bien que pour quelqu’un d’autre, ce ne sont que trois objets ramassés en balade. Mais ils sont arrivés juste en cette journée des défunts, et je les ai accueillis comme des petits cadeaux.

Une plume pour une amie disparue

Il n’y a pas que la famille. J’ai perdu une amie, à qui nous avions rendu hommage lors d’une journée de conférences. À chaque entracte, on lui avait réservé un moment : des vidéos d’elle à nos concerts solidaires, la lecture d’un texte en son honneur.

Le lendemain, j’étais sur ma terrasse avec une amie quand une plume est tombée du ciel. Pas une plume qui vole dans tous les sens avant de se poser : celle-ci descendait toute droite, au ralenti, tournait sur elle-même, semblait s’arrêter, puis repartait, comme si elle prenait tout son temps. Je n’avais jamais vu une plume tomber comme ça.

Tout de suite, j’ai pensé que c’était mon amie qui me remerciait pour l’hommage de la veille. Je ne peux pas l’expliquer, mais je crois que cette première intuition est la bonne.

Les signes, je ne les cherche plus

Ce que j’ai appris, c’est que ça ne sert à rien de les traquer. Au début, je les attendais en grand, et je ne voyais rien. Aujourd’hui, ils arrivent quand je ne les attends pas : une chanson qui sort de nulle part, une rencontre qui tombe à pic, une plume qui attire mon regard. Et mes pierres percées : chaque fois que j’en trouve une, je ressens comme une petite dose de protection.
Chacun les interprète à sa façon. Ce qui est un signe pour l’un est une coïncidence pour l’autre, et je ne prétends pas avoir la réponse. Ce qui compte pour moi, c’est ce que ça réveille : un peu de douceur, un souvenir, l’impression de rester reliée à quelqu’un qu’on a aimé.

Une nuit pour honorer ceux que nous aimons

En cette nuit de Samhain, je vous propose de prendre un moment pour ceux qui ne sont plus là. Allumez une bougie, posez une photo, mettez la chanson qui vous fait penser à eux, cuisinez leur plat préféré. Racontez une anecdote, riez d’une expression qu’ils répétaient sans cesse.
On dit que le voile entre les vivants et les morts est plus fin cette nuit-là. Je trouve ça joli, moi je vais allumer une bougie pour ma grand-mère et je remets Julio Iglesias, pour la remercier d’être toujours à mes côtés.