En ce moment, si vous avez un jardin, vous l’avez sûrement remarqué. La terre se dessèche, la chaleur écrase tout, et pendant que le reste peine, le pourpier, lui, s’en fiche. Il s’étale au pied des arbres, se glisse entre les dalles de la terrasse, forme parfois un vrai tapis vert.
J’ai arrêté le potager il y a un moment, trop d’efforts pour trop peu, et surtout, j’ai fini par préférer tout ce qui pousse sans qu’on le lui demande. Le sauvage m’intéresse davantage que ce qu’on plante en rangs bien nets. Et le pourpier en est un excellent exemple.
Le pourpier (Portulaca oleracea) est une plante succulente : ses feuilles épaisses stockent l’eau, ce qui lui permet de tenir dans des conditions où presque tout le reste souffre. Pas d’arrosage, pas d’engrais, rien, il pousse et c’est tout.
Une mine de nutriments (oui, vraiment)
Le pourpier est l’un des légumes-feuilles les plus riches en acide alpha-linolénique, un oméga-3 d’origine végétale que notre corps ne sait pas fabriquer seul. On pense tout de suite aux sardines, au maquereau ou au saumon quand on parle d’oméga-3, rarement à une plante qui pousse toute seule.
Il apporte aussi pas mal de vitamine C, utile pour l’immunité, pour la fabrication du collagène, et pour mieux absorber le fer des autres végétaux qu’on mange à côté. Son bêta-carotène se transforme en vitamine A selon les besoins du corps, bon pour la vision et la peau. Il y a aussi de la vitamine E, antioxydante.
Côté minéraux : du magnésium (utile contre la fatigue), du potassium, du calcium, du fer et des polyphénols, des flavonoïdes, des composés qu’on retrouve dans à peu près tout ce qu’on nous vante comme “superaliment” ces derniers temps.
Je trouve ça triste, cette manière que nous avons de chercher, dans des rayons entiers de compléments alimentaires ou de “superaliments”, ce que la nature nous offre déjà, gratuitement, juste sous nos pieds.
Comment le cuisiner :
Sa saveur est fraîche, légèrement acidulée, avec un croquant qui surprend la première fois qu’on y goûte. Cru, dans une salade tomates-concombre-feta avec une bonne huile d’olive, il est excellent. Il apporte aussi de la fraîcheur à un taboulé. On peut également le cuisiner comme des épinards : à la poêle avec un peu d’ail, dans une omelette, une quiche, une soupe. Les jeunes pousses sont les plus tendres, c’est celles-là qu’il faut privilégier.
Quelques précautions à ne pas zapper
Comme pour toute plante sauvage, il faut être sûr à 100 % de son identification avant de la manger et éviter de la récolter près des routes ou sur des terrains qui ont pu être traités.
Comme les épinards, le pourpier contient naturellement des oxalates. Si vous êtes sujet aux calculs rénaux, ou si votre médecin vous a déjà mis en garde sur ce point, mieux vaut lui demander conseil avant d’en consommer régulièrement.
Pour finir, ce qui me plaît dans cette plante, ce n’est pas seulement sa richesse nutritionnelle. C’est l’idée qu’une plante que l’on considère comme une mauvaise herbe puisse, en réalité, être l’un des aliments les plus intéressants du jardin. Qu’elle pousse sans rien demander, précisément au moment où tout le reste peine.
Peut-être qu’il suffit simplement de changer de regard, de temps en temps, pour se rendre compte que ce que l’on s’apprêtait à arracher avait, en réalité, toute sa place dans notre assiette.

